Discussion suite aux conférences de Gaël Charbau et de Patrice Joly

Didier Vivien 

Les artistes sont coincés entre des apparatchiks à la Lebon et des gens comme vous qui n’ont aucune vision de l’art, sinon une vision de leur carrière. Et pendant, une demi-heure, vous nous avez ennuyé avec votre carrière! 

Patrice Joly

J’ai essayé de décrire un processus, une réalité. Je n’ai peut-être pas tellement parlé de critique mais je trouve que la critique se manifeste à travers différents supports et l’histoire de la critique française est aussi liée à l’historique de ces supports. Cela me semblait pertinent de décrire un fonctionnement que de rentrer dans les profondeurs de la critique. C’est certes votre avis, mais je pense que vous n’avez pas souvent lu la revue 02 car au niveau d’exigence textuelle…

D.V.

Je ne parle pas de votre travail mais de votre intervention. Vous n’avez donné que des anecdotes et pas une idée théorique. Quand je pense que des jeunes artistes vont venir vers vous pour construire leur parcours, je n’ai qu’un mot : reviens Bernard!

P.J.

J’ai essayé de donner des repères actuels …

Public

Quand je feuillette les revues de presse, je ne me rend pas bien compte comment ils arrivent à exercer leur travail de critique par rapport aux travaux vidéos. J’ignore si les revues sont le bon moyen pour faire ce travail de critique sur cette typologie d’oeuvres. À l’exemple d’une vidéo de MacCarthy que j’avais la chance de voir à Bruxelles, le compte-rendu fait dans Artpress n’exprimait pas du tout la portée de cette oeuvre. C’est quand même une frustration, d’où ma question : est-ce que les revues papiers sont capables de rendre-compte des oeuvres vidéos qui sont de plus en plus présente dans les expositions et dans les travaux d’artistes? Est-ce qu’internet ne serait pas plus adapté, pour pouvoir notamment présenter des séquences?

Gaël Charbau

La vidéo a quand même un pouvoir narratif et une forme d’instantanéité qu’on peut, il me semble, traduire à l’égal d’une peinture. La vidéo a un schéma linéaire qui est curieusement plus proche de l’écriture, qu’une peinture ou une photographie qui est une image fixe qu’il faut faire « parler » et qui ne prête pas forcément à un texte qui se déroule.

Tristan Trémeau

C’est effectivement efficace d’opposer Lamarche-Vadel au communiqué de Lebon, mais je ne pouvais m’empêcher de penser à quelqu’un qui se proclamait de Restany, exactement pour les raisons que tu as citées — sa volonté de production de l’histoire de l’art —, à savoir Nicolas Bourriaud au sujet de l’esthétique relationnelle. Il s’est inspiré de la stratégie restanyenne de production volontariste de l’histoire de l’art, en prélevant quelques jeunes artistes français et étrangers qui commençaient à occuper des positions intéressantes sur la scène nationale et internationale, le tout en affirmant une identité générationnelle : « je produis une histoire de l’art de ma génération ». C’est toutefois très distinct de Lamarche-Vadel, auquel Bourriaud se réfère, de façon très étonnante selon moi, puisque Lamarche-Vadel écrivait aussi bien sur des artistes octogénaires que de jeunes artistes — une attitude dans laquelle, personnellement, je me reconnais. D’ailleurs, je ne comprends pas trop ce sentiment de vouloir absolument s’inscrire dans une génération, cela peut produire un sentiment de réification absolument épouvantable. L’idée de produire de l’histoire de l’art est une motivation, et comme le relatait Patrice Joly dans son intervention, on peut comprendre ce que signifie produire à un moment donné une situation. Ce sont des stratégies néo-néo avant-gardistes reprises par Bourriaud dans l’esthétique relationnelle. Bourriaud produit un discours à la Restany, moins kitsch ceci dit, mais il a une stratégie tout à fait particulière que l’on pourrait résumer avec l’anglicisme de « concept dropping » en référence au « name dropping ». Pour moi, c’est beaucoup plus dangereux que ce que produit Lebon, dans ce qui n’est après tout qu’un communiqué de presse. Bourriaud cite dans une même phrase des concepts sans rapport si ce n’est dans une relation de réification, de valeurs d’échange des concepts. On est dans l’enfumage théorique.

Pour moi, le péril est plutôt dans ce rapport. Mais il existe d’autres types d’enfumage dans certaines revues qui développent une dimension analytique d’apparence sophistiquée de l’ordre de la scolastique (au sens de faire école, faire cours). Je pense notamment à certains articles d’Art 21, revue avec laquelle j’ai eu néanmoins un compagnonnage important et déterminant. Le problème, souvent, qui ressort à la lecture de ces articles, est que le focus n’est plus sur l’oeuvre, ou alors sur une oeuvre appréhendée comme un texte, mais sur du commentaire de commentaire de commentaire, tant et si bien qu’on aimerait leur dire de prendre position, au moins une fois.

P.J.

Je suis d’accord avec cela. Je me demandais, si, parfois, nous n’avions pas besoin de personne comme Restany, comme Lamarche-Vadel et même comme Bourriaud, pour incarner une sorte de groupe collectif d’artistes qui agissent comme des moteurs de pensée ou contre lesquels se positionner, comme des phares ou comme des boucs émissaires. J’ai l’impression que quoiqu’on pense de Bourriaud et même si on a pu dire que c’était une machine à produire du concept et dont le dernier en date est une réflexion sur les théories cognitives avec Radicant, la critique française se caractérise néanmoins par une sorte de désert de concept-moteurs. Je ne vois pas non plus qui peut incarner une pensée forte contre laquelle on s’oppose ou au contraire à laquelle on adhère. Est-ce que ce n’est pas une mécanique de la pensée qu’incarnent  ces gens-là et qui est nécessaire au fonctionnement et au développement, non seulement des critiques mais aussi de l’ensemble des activités artistiques ?

G.C.

En même temps, je ne suis pas si radical sur Nicolas Bourriaud, quand j’étais étudiant, je l’ai lu et je l’ai cru! Je n’avais pas lu Lamarche, si j’avais lu Lamarche, j’aurais été peut-être plus réservé…
Et c’est courant actuellement, prenons le cas de mon ami Paul Ardenne, il fait de l’histoire à la volée, en direct ! un livre tous les deux ou trois ans, des centaines de pages. Pour moi, ce n’est pas tout à fait de la critique d’art… c’est plus de l’archivage. Mon sujet était de traiter de l’inscription dans l’histoire et, pour le coup, Nicolas Bourriaud y est parvenu, à la manière de Restany, autopromotion, nombre limité d’artistes et un concept/un artiste à la manière d’un puzzle dont le concept appartient à son créateur.
Certes, conceptuellement, cela se démonte mais personne, à part lui, n’a associé une théorie à une programmation dans un centre d’art. Il y a quand même une densité dans l’action –  sans parler de qualité –,  il n’a pas fait que du saupoudrage ou comme dirait mon ami Vincent Labaume que du « vaporisateur culturel. » Il a vraiment défendu un projet, il a écrit et l’a soutenu avec différents outils.

 

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